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23 oct. 2016

Interview de Charlotte Bousquet



Née en 1973, Charlotte Bousquet est une auteure et scénariste française. Philosophe de formation, elle s'essaye à l'écriture en 1999 avec son premier livre Zaïna et le fils du vent. Depuis, sa bibliographie comprend une quarantaine de romans et de nouvelles. 

En 2002, elle soutient une thèse sur les mondes imaginaires, Les mondes imaginaires et le déplacement du réel : un questionnement de l'être humain, à la Sorbonne. Depuis 2003, elle a écrit plusieurs articles philosophiques dans des ouvrages collectifs et elle a collaboré à la revue Faeries par des nouvelles et des dossiers. 

Charlotte Bousquet a également créé, avec son époux, la maison d'éditions CDS-éditions, dans laquelle elle a dirigé la collection Pueblos de 2009 à 2011. Cette collection est composée d'anthologies destinées à venir en aide aux associations humanitaires et écologiques.


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Nous lui avons posé quelques questions, auxquelles elle a agréablement accepté de répondre. Nous l'en remercions sincèrement. 



​L​orsque l’on regarde votre bibliographie, on ne peut qu’être impressionné par le nombre de livres que vous avez écrit. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J'ai toujours aimé raconter des histoires et poser des questions... J'ai commencé à écrire sérieusement (un premier roman, puis des nouvelles) pendant la dernière partie de mes études. Cela me permettait de respirer entre deux chapitres de thèse. Cela me permettait également de m'interroger, d'une autre manière, sur le rapport de l'humain à la mort, à l'autre et au monde... Après ma thèse, j'ai continué à écrire et j'ai décidé d'en faire mon métier. 


​​On vous retrouve dans différents genres d’écriture, en passant de l’imaginaire au polar historique. Y a-t-il un genre avec lequel vous vous sentez plus à l’aise ou que vous prenez plus de plaisir à écrire ?

Non, tout est affaire de timing et d'envie. Ce dont j'ai besoin, c'est de changement. Rien de pire que la routine en écriture. C'est pour cette raison que j'ai du mal à écrire des séries : Amarantha, ma première trilogie de fantasy, est la seule dont les tomes sont interdépendantses uns des autres. Avec la seconde, L'Archipel des Numinées, je me suis arrangée pour changer de personnage à chaque fois. Quant à Lune et l'ombre, c'est une série également, mais de bien moindre volume : je n'ai pas eu le temps de me lasser, et puis les univers dans lesquels voyageaient Lune et Léo, ceux de femmes-peintres du XIXème et du XXème siècle, changeaient... 

Outre l'envie de changement, il y a également l'idée d'explorer de nouveaux territoires d'écriture. Manière d'écrire. travail de la langue. Défi que peut représenter le passage d'un récit plurivoque contemporain, comme celui de Tant d'Etoiles dans la nuit, qui est une relecture "rock" de Don Juan, à une écriture intimiste pour le roman adulte que j'ai terminé cet été, prévu chez Pygmalion ou le ton juste à trouver pour un récit historique... 


La majorité de vos livres s’adressent à un public adolescent ou de jeunes adultes, y a-t-il une raison ? Qu’aimeriez-vous apporter à cette cible de lecteurs ?

La raison est simple, ua départ : je venais de la fantasy, et c'est en jeunesse que l'on m'a proposé des contrats avec des avances sur droits intéressantes (merci, d'ailleurs, à Xavier Mauméjean et Nicolas Cluzeau, pour le coup de pouce). J'ai continué à écrire de la fantasy en parallèle de l'écriture de romans pour adolescents, et je me suis rendu compte qu'il y avait dans la littérature jeunesse/ ado/ YA une immense richesse d'univers, de genre, d'écriture - et puis, j'adore les ados. J'ai détesté en être une, mais j'apprécie paradoxalement les mettre en scène dans mes récits... et les rencontrer "en vrai" dans les classes. Souvent, on me demande si j'ai "des messages à faire passer", dans ce que j'écris. je déteste cette question, que je trouve parfaitement idiote au vu du contenu de mes romans, mais je réponds souvent que ce que je veux, c'est que les lecteurs s'interrogent - sur eux-mêmes, sur les autres, le monde... Je crois que c'est ça qui m'intéresse, entr'ouvrir des portes, bousculer, questionner... Mais cela, je le fais dans tous mes ouvrages- qu'ils soient destinés aux adultes ou aux adolescents. 


Certains de vos livres, comme Mots rumeurs, mots cutter et Invisible, se portent plus sur le mal-être des adolescents. Pourquoi vous a-t-il paru important de mettre en avant ce problème en particulier ?

Quand on a réfléchi à cette première série de Graphiques, avec Stéphanie, on s'est demandé ce qui nous avait vraiment marquées dans notre adolescence. Très vite s'est posé le problème du harcèlement - que j'ai subi pendant mes deux dernières années de collège et dont Stéphanie avait été témoin. J'avais depuis longtemps envie d'écrire sur le sujet mais je ne savais pas comment, et je crois que la bédé a été le média idéal pour cela. Quant au mal-être (mal dans son corps, sa peau, sa tête), il est tellement présent quand on est ado, et parfois tellement insupportable, d'autant plus qu'il peut être minimisé ou incompris.. On avait évoqué la thématique du suicide quand on a parlé du harcèlement, mais on trouvait que c'était too much. on préférait uen fin ouverte, et une main tendue... En revanche, l'idée des invisibles, ces élèves que l'on côtoie, qui traverse notre scolarité en silence et qu'on oublie, nous trottait dans la tête... c’est ainsi qu'est née Marie. 





Dans des genres très différents l’un de l’autre, Là où tombent les anges et Sang-de-lune – tous deux publiés chez Gulf Stream Editeur - traitent de la condition des femmes et de la liberté. Est-ce qu’il s’agit de sujets qui vous tiennent à cœur ?

Absolument... Sinon, je n'en parlerai pas. C'est certainement un défaut autant qu'une qualité, mais je n'écris pas sur des thèmes qui ne m'intéressent pas. J'ai besoin de nourrir mon écriture et mon imagination de questions qui me tiennent à cœur et me donnent l'impression d'avancer. Avec Là Où tombent les anges, j'ai énormément appris sur la 1ère guerre mondiale - du point de vue de l'arrière, mais également sur la façon dont les femmes ont été utilisées, puis ignorées (notamment, les résistantes et les espionnes au service de la France qui ont été oubliées par l'Histoire et dont je n'ai pu parler dans mon roman)... 





Pour vous, quel est l’intérêt d’écrire un livre ?

C'est mon métier...^^.

C'est un partage, une création d'un univers, qu'il soit réaliste ou non, que je propose à d'autres (lecteurs), ce que Winnicott appelle "aire intermédiaire d'expérience" dans lequel l'autre peut choisir d'entrer le temps d'une lecture. C'est aussi pour moi une façon d'interroger l'humain sur lui-même et dans son rapport au monde, aux autres, à sa propre violence, etc. Et, je l'espère, d'apporter ma goutte d'eau aux milliers d'autres qui permettent de changer le présent et imaginer un avenir moins sombre


Qu’est-ce qui vous fait le plus peur, lorsque votre nouveau livre vient d’être 
​édité ?

Qu'il passe totalement inaperçu, je crois. Ça s'est déjà produit avec Fanny, dont la sortie avait été à peine annoncée, et dans un genre auquel le récit ne correspondait pas... Et deux ans plus tôt, avec la fin de La Peau des rêves, car l'éditeur avait décidé d'arrêter la collection. Rien de tel pour enterrer vivant un roman... Moi, j'ai juste eu envie de passer vite à autre chose et c'est dommage. 


En toute sincérité, quel livre auriez-vous rêvé d’avoir écrit ?

Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais. 

Detroit, de Fabien Fernandez (j'ai eu le privilège d'une première lecture... et il vous faudra attendre dix mois pour en profiter, dans la collection Electrogène de Gulf Stream...)

The Grizzly King, de J.O. Curwood, parce qu'il est tellement tellement touchant... 


Pour les amoureux de votre plume, dites-nous : un prochain livre est-il prévu ?

Ben oui, c'est mon métier comme je vous l'ai dit... prochaines sorties en janvier, donc. 

Secret pour secret, bd avec le dessinateur Jaypee, chez Gulf Stream toujours, qui se passe dans un lycée cette fois et aborde la thématique de l'IVG. 

Le Jour où je suis partie, aux éditions Flammarion, qui raconter la traversée du Maroc par Tidir, une jeune berbère, déterminée à effectuer la marche des femmes du 8 mars en souvenir de sa meilleure amie... un texte auquel mon éditrice et moi-même sommes très attachées.


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Vous pouvez retrouver les chroniques de Sang-de-lune et Là où tombent les anges, sur le blog.



6 commentaires:

  1. Je n'ai pas encore lu cette auteure mais Là où tombent les anges est dans ma PAL. Sang-de-lune me tente également beaucoup !
    Merci pour cette interview ❤️

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    1. Ce sont deux livres que j'ai absolument adoré. Au point même, où j'ai demandé d'autres livres de cette auteur pour une médiathèque où je travaille.
      Je te souhaites vraiment de la découvrir. ❤️

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  2. Eh bien je ne connaissais pas du tout l'auteure ! C'est super intéressant comme genre d'article :)

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    1. Je te remercie, c'est super encourageant comme commentaire !

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  3. J'ai lu l'un des tomes de L'archipel des Numinées et j'ai bien aimé le style de cette auteure, je la relirais avec plaisir !

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    1. Je n'ai pas lu cette saga, mais Là où tombent les anges, et Sang-de-lune, m'ont convaincus pour continuer de découvrir cette auteure que je trouve excellente !

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